Commentaire de Cyril Fievet / Nanoblog
"un chercheur qui explique, avec un langage accessible à tous, ses travaux, sa compréhension du sujet, les perspectives en la matière, ses doutes aussi... De ce point de vue, c'est admirable, et le résultat excellent : si vous connaissez mal le monde des robots, ou si vous vous posez des questions à ce sujet (ce qui est à mon sens légitime autant que nécessaire), ce livre vous passionnera."
Je n'avais pas pris le temps de chroniquer le dernier livre de Frédéric Kaplan, Les machines apprivoisées, et c'est un tort, d'autant que je l'avais dévoré il y a quelques semaines.

Frédéric Kaplan est chercheur au Sony Computer Science Laboratory de Paris, le seul laboratoire de recherche de Sony hors du Japon. Il y travaille, notamment, sur la robotique, les langages propres aux robots, l'apprentissage des machines ou l'interaction hommes-machines.

Sous-titré "Comprendre les robots de loisir", son livre est à la fois simple à lire et passionnant. Il commence par une histoire de la robotique et de l'Intelligence Artificielle, décrivant en détail quelques moments phares de ces disciplines, avant d'aborder la question de machines capables d'interactions sociales avec des humains (de ce point de vue, le récit d'expériences confrontant des enfants avec des robots de loisir est passionnant). Le livre étudie aussi en profondeur les rapports entre notre perception actuelle des robots autonomes et divers récits mythologiques ou émanant de différentes époques de la littérature. Cet aspect, bien que peut-être un peu long par moments, est plutôt original et donne beaucoup de sens au livre.

Mais c'est surtout la démarche qui sous-tend la publication d'un tel livre qui me semble à relever : un chercheur qui explique, avec un langage accessible à tous, ses travaux, sa compréhension du sujet, les perspectives en la matière, ses doutes aussi... De ce point de vue, c'est admirable, et le résultat excellent : si vous connaissez mal le monde des robots, ou si vous vous posez des questions à ce sujet (ce qui est à mon sens légitime autant que nécessaire), ce livre vous passionnera.

Il me semble du reste que beaucoup de chercheurs devraient mener une démarche similaire, pour vulgariser, expliquer et montrer le sens profond de leurs travaux, à destination du "grand public".

Même si je ne partage pas tous les points de vue de Frédéric Kaplan (notamment quand il écrit que "il n'y aura probablement jamais symbiose entre l'homme et la machine car nous nous définissons toujours par opposition à la machine"), je souscris pleinement à la mission de son livre et de plusieurs de ses enseignements :

"La présence, dans notre habitat ou celui de nos voisins, de robots d'un nouveau type, risque fort de nous conduire à changer notre point de vue sur les limitations des machines et, par là même, sur nous-mêmes."

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